Cet articlé a été publié dans LaPresse.
Au Québec, la réussite éducative de tous les élèves constitue une préoccupation depuis plusieurs décennies.
Pourquoi ? Entre autres, parce qu’elle constitue une des conditions essentielles, incontournables pour bâtir une société démocratique, prospère et solidaire. Mais encore faudrait-il que le système éducatif soit lui-même conçu et adapté pour pouvoir jouer ce rôle.
Or, quoique positif, le bilan du système éducatif québécois depuis la Révolution tranquille est loin d’être parfait. Autant celui-ci s’est consolidé depuis 60 ans par de nouvelles mesures d’accessibilité et de réussite scolaire, autant de nouveaux défis sont apparus à la suite de l’émergence de nouveaux enjeux sociaux : l’accroissement rapide de la diversité ethnoculturelle est l’un d’eux.
Une situation encourageante
Aux yeux de plusieurs, l’école constitue l’ancrage de base pour familiariser les jeunes issus de l’immigration à la culture québécoise et les intégrer dans la société. Pour ceux nés ailleurs, le ministère de l’Éducation a institué des classes d’accueil et mis en place diverses autres mesures d’intégration afin de soutenir et augmenter leurs chances de réussite éducative.

Ces initiatives ont eu des résultats globalement encourageants. Par rapport à d’autres sociétés occidentales, la situation des élèves québécois, et plus largement canadiens, d’origine immigrée semble même exceptionnelle : de manière générale, leurs résultats scolaires aux niveaux primaire et secondaire sont comparables à ceux de leurs camarades dont les parents sont canadiens de naissance, voire supérieurs dans certains cas. En outre, il n’y aurait pas de différences en ce qui concerne l’accès et la réussite au cégep et à l’université.
Un portrait général toutefois plus mitigé
Les inégalités scolaires entre les jeunes Québécois de naissance et leurs concitoyens d’origine immigrante seraient-elles réellement absentes ? La situation est plus complexe, car la réussite exceptionnelle, prise globalement, des élèves issus de l’immigration occulte des disparités importantes selon leurs origines ethnoculturelles.
Les élèves faisant partie des groupes racisés (c’est-à-dire assignés à une catégorie essentialisante, imputée à la nature, par les groupes majoritaires à partir de marqueurs ou de traits réels ou imaginés) se heurtent encore à des barrières qui les mettent plus fréquemment à risque d’échec et de décrochage, ou à risque d’atteindre des niveaux moindres de réussite et d’accomplissement personnel.
En premier lieu, il faut noter que les caractéristiques du milieu familial sont extrêmement variées. Certains jeunes issus de l’immigration bénéficient davantage de l’appui de leur famille. Ce « familismo » (emprunt à un terme central et sud-américain qui désigne une forte solidarité familiale) se traduit, entre autres, par de meilleures ressources matérielles et un accompagnement scolaire plus serré, ce qui facilite des parcours jusqu’aux études supérieures.
En deuxième lieu, il importe de souligner la persistance de ségrégations cachées qui, au niveau institutionnel, prennent la forme de discrimination directe et indirecte. À l’école primaire et secondaire, une partie des élèves et étudiants d’origine immigrée est encore souvent victimes de préjugés et de stéréotypes : leur potentiel cognitif est sous-estimé et mis en doute par les personnes enseignantes, et les attentes scolaires à leur égard sont peu élevées. Ils seraient ainsi davantage susceptibles d’être déclassés et relégués par les services d’orientation dans des filières de « bas niveau », telles que l’adaptation scolaire, les formations professionnelles (DEP) et la formation générale des adultes (FGA). Loin d’être fortuits, ces préjugés et stéréotypes qui circulent dans le système scolaire sont ancrés dans un racisme systémique.

Éradiquer les inégalités entre élèves
Afin d’éradiquer les inégalités entre élèves et discrimination, les politiques publiques doivent mettre en place des mesures institutionnelles plus efficaces.
Ces mesures institutionnelles concernent, entre autres, la diversification du personnel enseignant et administratif des établissements, l’accès égal à l’information et aux services de soutien et d’aide, la formation et la sensibilisation des personnels éducatifs aux inégalités de traitement et à la lutte contre la discrimination.
D’un point de vue moral et politique, de telles mesures s’inscrivent dans le respect des principes de justice sociale et d’équité auxquels le Québec adhère fortement depuis la Révolution tranquille. L’égalité de traitement et de réussite en éducation est reconnue à la fois comme un droit commun, enchâssé dans la Loi sur l’instruction publique au Québec, et un instrument pour promouvoir le bien-être individuel et collectif et l’inclusion sociale.
D’un point de vue économique, les mesures d’égalité de traitement et de réussite en éducation constituent des investissements rentables, car elles permettraient de repérer, développer, valoriser et optimiser le potentiel de toutes les personnes citoyennes, particulièrement celles appartenant aux milieux socioéconomiquement défavorisés et des minorités racisées à risque d’être marginalisées.
D’un point de vue social, on peut dire que les mesures d’égalité de traitement et de réussite en éducation bénéficient à toutes les personnes citoyennes, y compris celles de classes sociales nanties, car elles contribuent à diminuer l’occurrence de problèmes collectifs, dont la pauvreté, la criminalité, la violence et l’insécurité.
Pour finir, tout le monde en bénéficie !
Cette série de lettres a été réalisée en collaboration avec Marc-Kevin Daoust (École de technologie supérieure), Guy Laforest (Université Laval) et Jean-Philippe Warren (Université Concordia)