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Repenser son panier d’épicerie pour faire échec aux tarifs trumpiens
Cet articlé a été publié dans Le Devoir
Comment repenser notre panier d’épicerie dans ce contexte de menaces de tarifs douaniers ? Si l’idée de boycotter les produits américains peut sembler une réponse simple et efficace, la réalité est bien plus complexe. Nos choix de consommation ont des implications qui dépassent largement la politique et influent directement sur l’économie locale, l’emploi et même notre système agroalimentaire.
Il est essentiel de comprendre que le système agroalimentaire repose sur des chaînes d’approvisionnement complexes et interdépendantes. De nombreuses entreprises canadiennes, même si elles semblent locales, utilisent des ingrédients importés, souvent en provenance des États-Unis. Il n’est pas toujours facile de distinguer les produits 100 % locaux des produits transformés qui intègrent des composantes étrangères. C’est pourquoi il est primordial de bien s’informer avant de faire ses achats.
De plus, si certains consommateurs choisissent de boycotter des marques emblématiques comme Pepsi, McDonald’s ou Kraft Heinz, il faut se rappeler que ces entreprises sont implantées au Canada et emploient des milliers de travailleurs locaux. Un boycottage aveugle risque donc d’affecter involontairement l’économie du pays.

Soutenir les entreprises locales
Si l’on souhaite vraiment avoir un impact, il est préférable d’adopter une approche stratégique et ciblée. Derrière les multinationales bien connues se trouvent des entreprises locales qui tentent de se faire une place sur le marché. Les soutenir est un choix intelligent : chaque dollar dépensé dans une entreprise locale contribue davantage à l’économie nationale qu’un dollar dépensé dans une multinationale. En effet, alors que 66 % des sommes dépensées dans l’économie locale restent au Canada, seulement 12 % de chaque dollar dépensé dans une multinationale y demeure.
Depuis des années, le fardeau du changement repose sur les épaules des consommateurs. Nous avons dû apprendre à acheter bio, à recycler, à composter, à réduire le gaspillage, et maintenant, à préférer l’achat local. Pourtant, l’information disponible en magasin ne facilite pas ces choix. Les supermarchés et les instances gouvernementales ont un rôle clé à jouer pour rendre les produits locaux plus accessibles et leur identification plus simple.
Un effort collectif
Pour soutenir l’économie locale et réduire la dépendance aux produits américains, il est essentiel d’adopter de nouvelles habitudes d’achat. Commencez par analyser la provenance des produits habituels de votre cuisine et cherchez des alternatives locales. Remplacez progressivement de 2 à 5 produits à chaque visite à l’épicerie. Lisez attentivement les étiquettes pour privilégier les ingrédients canadiens et vérifiez l’origine des fruits et légumes. Optez pour des boissons et des collations locales, en évitant les sodas américains et en soutenant les chocolatiers et les producteurs d’arachides canadiens. Enfin, engagez-vous en demandant à votre épicier plus de produits locaux et encouragez la transparence des entreprises sur l’origine de leurs ingrédients.
Repenser son panier d’épicerie dans un contexte de tarifs douaniers est un acte à la fois économique et politique. Cependant, plutôt que de simplement boycotter des produits, il est plus pertinent d’investir dans des options locales. Ce changement n’est pas une responsabilité individuelle uniquement, mais un effort collectif, qui doit inclure les consommateurs, les gouvernements et les entreprises. En adaptant progressivement nos habitudes alimentaires, nous pouvons avoir un impact important sur l’économie locale tout en continuant à bien manger.