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Un changement de discours s’impose, car l’obésité est une maladie, pas un choix

27 janvier 2025
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Par Muhammad Ilyas

Source: Media Relations

Cet articlé a été publié dans Le Devoir

L’obésité est-elle une maladie ou simplement un excès de poids qualifié à tort de maladie ? Depuis des années, les scientifiques et les cliniciens du monde entier s’efforcent de trouver la réponse. Or, une commission internationale de spécialistes a récemment proposé une définition inédite de l’obésité, visant à réduire la stigmatisation et à fournir un cadre plus clair pour le diagnostic et le traitement.

La nouvelle définition remet en question les idées dépassées selon lesquelles l’obésité est le résultat de mauvais choix, d’un manque de discipline ou de la paresse. Elle affirme plutôt ce que la science a constamment démontré : « L’obésité est un état caractérisé par un excès d’adiposité, avec ou sans distribution ou fonction anormale du tissu adipeux, et dont les causes sont multifactorielles et encore incomplètement comprises. » Composée de 58 spécialistes internationaux — parmi lesquels des personnes ayant une expérience vécue —, la commission novatrice, dont les conclusions ont été publiées dans The Lancet Diabetes & Endocrinology, appelle à un changement de paradigme dans le diagnostic de l’obésité.

Son rapport souligne que si l’indice de masse corporelle (IMC) a été largement utilisé comme outil de dépistage, il est insuffisant en tant que critère de diagnostic autonome. La commission recommande plutôt de confirmer l’excès d’adiposité par la mesure directe de la masse grasse ou par des critères anthropométriques supplémentaires (par exemple, le tour de taille, le rapport taille-hanches ou le rapport taille-stature). Cette approche tient compte de la complexité de l’obésité et de la nécessité de disposer de mesures objectives pour évaluer avec précision ses effets sur la santé.

La commission propose également de classer l’obésité en deux catégories : l’obésité préclinique et l’obésité clinique, reconnaissant ainsi son hétérogénéité et les limites des mesures actuelles basées sur l’IMC. L’obésité préclinique repose sur l’identification des risques avant l’apparition de complications, et l’obésité clinique, sur l’apparition de complications. Cette approche considère l’obésité comme une maladie due à des facteurs tels que la génétique, la biologie, l’environnement et les inégalités systémiques, et non comme le simple résultat de comportements individuels.

L’obésité clinique se caractérise par un IMC et des signes de complications liées à l’obésité. Ces complications peuvent être des maladies cardiaques, de l’hypertension artérielle, des maladies hépatiques ou rénales, ou encore des douleurs articulaires chroniques et graves, par exemple aux genoux ou aux hanches. Les personnes répondant à ces critères peuvent bénéficier d’options de traitement pouvant inclure des programmes alliant régime et exercice physique ainsi que des médicaments contre l’obésité.

On propose ainsi de comprendre l’obésité en d’autres termes que celui du changement des habitudes de vie — un nouveau paradigme qu’il est urgent d’adopter. Au lieu de considérer le poids comme unique facteur indicateur, on préconise en particulier une enquête scientifique sur les racines génétiques, environnementales et physiologiques de l’obésité.

Cette redéfinition n’est pas seulement sémantique ; il s’agit d’un appel à l’action. En nous concentrant sur les facteurs biologiques, génétiques et environnementaux de l’obésité, nous détournons la conversation du blâme et la réorientons vers des solutions qui donnent la priorité à l’équité en matière de santé. Nul ne reprocherait à une personne d’être atteinte de diabète ou d’asthme, alors pourquoi stigmatiser les personnes souffrant d’obésité ?

L’obésité est un problème de santé publique crucial qui touche des millions de personnes dans le monde. Les données canadiennes mettent en évidence la prévalence alarmante de l’obésité (26,8 %) et du diabète (8,1 %). Pourtant, la stigmatisation liée à l’obésité empêche de nombreuses personnes de se faire soigner. Des études montrent en effet que les préjugés sur le poids véhiculés par les prestataires de soins de santé entraînent des retards de diagnostic, de moins bons résultats thérapeutiques et des taux de mortalité plus élevés.

On parle de préjugés sur le poids lorsque des professionnels de la santé entretiennent des croyances ou des stéréotypes négatifs à l’égard du poids d’une patiente ou d’un patient. Ces préjugés peuvent conduire les patients à recevoir des soins inadéquats, ce qui peut avoir de graves conséquences. Le nouveau cadre offre la possibilité de changer cette situation en légitimant l’obésité en tant que problème médical méritant des soins compatissants et fondés sur des données probantes.

Si les avancées telles que les médicaments contre l’obésité (Ozempic, Wegovy, etc.) sont prometteuses, elles ne représentent qu’une partie de la solution. Les véritables progrès exigent des changements systémiques, notamment une couverture d’assurance élargie pour les traitements de l’obésité, une sensibilisation à l’obésité dans le cadre de la formation médicale et la prise en compte de facteurs sociétaux tels que les déserts alimentaires et les modes de vie sédentaires.

Plus important encore, la voix des patients doit figurer au premier plan. Leurs témoignages montrent que l’obésité ne constitue pas seulement un chiffre sur une échelle, mais aussi une expérience vécue, façonnée par la biologie, les traumatismes et les barrières systémiques. La nouvelle définition ouvre la voie au démantèlement de la stigmatisation et à un traitement de l’obésité empreint de dignité.

Il est temps de cesser d’imputer aux individus leur obésité et de bâtir un avenir où chaque personne, quelle que soit sa taille, aura accès aux soins, au respect et aux possibilités dont elle a besoin pour s’épanouir.




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